L’Affaire Dreyfus, avant tout une affaire d’Etat
Depuis le 29 juillet 1881, la liberté de la presse est assurée sur le territoire français.
Cette liberté inclut le droit au blasphème et le droit à la caricature. Avant cela, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 stipulait au sein de son article 11 : “La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.”. Néanmoins, cette liberté a été considérée abusive durant plusieurs périodes de l’Histoire. En effet, l’affaire Dreyfus en est un exemple parlant soulignant les limites de la liberté de la presse mais aussi le contrôle de l’information.
S'inscrivant deux décennies après la guerre franco-prussienne, l’affaire Dreyfus demeure une point tournant qui s’est transformée en véritable affaire d’Etat, sous la IIIe République. En effet, en septembre 1894, Le Bordereau est découvert au sein de l’ambassade d’Allemagne en France. Celui-ci contient des informations militaires sensibles relatives aux services de renseignements. Ni une ni deux, un suspect est trouvé : le capitaine d’artillerie de l’Armée, Alfred Dreyfus.Cible parfaite, ce dernier est Alsacien -est donc germanophone- mais est aussi Juif. Il est arrêté en octobre de la même année pour trahison. Le journal nationaliste et antisémite La Libre Parole partage ainsi son arrestation en novembre. Plusieurs documents ont été falsifiés afin de convaincre l’Opinion publique et la Justice de la culpabilité présumée de Dreyfus : entre autres, des lettres incriminant celui-ci.
En décembre 1894, son procès a lieu. Dreyfus est condamné à la dégradation militaire en janvier 1895, devant tout son régiment. Le mois suivant, il est déporté sur l’île du Diable, en Guyane française.
Néanmoins, une partie de l’Opinion publique est dite “dreyfusarde”. En effet, des personnes influentes se mobilisent en faveur du condamné à tort : comme son frère Mathieu Dreyfus. Celui-ci accuse publiquement Ferdinand Walsin Esterhazy, le vrai coupable dans l’affaire Dreyfus. Devant la cour martiale en décembre 1897, celui-ci est acquitté et coule des jours heureux en Angleterre, jusqu'à la fin de sa vie.
L’affaire d’état devient publique le 13 janvier 1898 lorsque l’écrivain réaliste Emile Zola publie dans le journal L’Aurore une lettre ouverte au Président de la République Félix Faure défendant Alfred Dreyfus et accusant des membres de l’Armée de cette fumisterie : “J’accuse…!”. Celui-ci met également en cause des journaux tels que l'Écho de Paris ou L'Éclair, soulignant ainsi leur rôle dans ce complot antisémite. En effet, selon l’écrivain, ceux-ci participaient à “égarer l’Opinion”. Ainsi, un second procès est institué en septembre 1899 à l’issue duquel Dreyfus est toujours condamné, mais cette fois-ci avec des “circonstances atténuantes”. Le 18 septembre 1899, après avoir divisé la France pendant 5 ans, l’affaire Dreyfus prend fin lorsque Félix Faure décide de lui accorder la grâce présidentielle. Alfred Dreyfus réintègre l’Armée en 1906 et meurt en 1935 après avoir combattu durant la Première Guerre Mondiale, pour la France.
Ainsi, la presse a eu une influence au sein des cercles antisémites. Ceux-ci ont alors été vecteurs d'importantes discriminations envers la communauté juive durant cette période majeure pour la liberté de la presse et d’expression en France.
En effet, plusieurs journaux se sont inscrits dans une ligne éditoriale profondément antisémite, et même complotiste…
Par exemple, le journal, toujours en activité, La Croix a publié les dires de l’abbé Picard en mai 1894 : “Ce juif… il est l’ennemi.”
Ou encore : “La République, c’est le mal. La République est le gouvernement des Juifs, traîtres, voleurs, corrupteurs et persécuteurs de la religion Catholique”, citation tirée d’une affiche du collectif nationaliste et monarchiste de 1908, toujours en activité, Action Française. Ces citations traduisent une haine systémique des Juifs, qui durera jusque dans les périodes les plus sombres de l’Histoire…
Maurice Barrès, député de IIIe République, met en cause les “Intellectuels”, terme ici à connotation péjorative, dans l’affaire Dreyfus. Les nationalistes, comme Barrès, se lient aux antidreyfusards dans une haine commune de la République. Par ailleurs, ceux-ci mettent en scène un complot où la communauté juive aurait à voir avec les Francs-Maçons. Ils seraient tous deux la cause de la déchristianisationde la France mais surtout du déclin de l’influence de la religion, mise en relation avec la fin de la Monarchie. Le Judaïsme et la Franc-Maçonnerie domineraient alors, en secret, la société. Ce complot émane de la Révolution Française où les contre-révolutionnaires ont accusé les Franc-Maçons et les Juifs d’en être la cause. Evidemment, ce dernier ne se base sur aucune source précise ni lien explicite entre les deux communautés.
La presse a néanmoins modifié sa ligne éditoriale au fil du temps et en fonction de l’Opinion. En effet, en février 1898, au moment de la lettre dreyfusarde d’Emile Zola “J’accuse…!”, 87% des parutions sont antidreyfusardes contre seulement 8% en faveur d’Alfred Dreyfus.
A l’inverse, à l’été 1899, au moment du second procès et de la grâce présidentielle du condamné à tort, la presse est à 52% antidreyfusarde et à 32% au profit de Dreyfus.
Ces chiffres témoignent d’un changement de ligne éditoriale en lien avec l’Opinion publique changeante. Il s’agit ici de ne pas écarter une partie des lecteurs mais bien d’en conserver, voire d’en gagner, de plus en plus pour les journaux. Or, l’Opinion demeure versatile en fonction des périodes ainsi que des crises politiques et sociales.
Ce 27 janvier dernier se tenait en Pologne un hommage aux 80 ans de la libération du camp d’extermination Auschwitz-Birkenau. Cette commémoration s’inscrit dans une période où les guerres et les crises sociales et politiques se font, malheureusement, de plus en plus fréquentes…
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