Histoire de la dissolution de l'Assemblée - Ve République
La Ve République, proclamée en octobre 1958 par le Général de Gaulle, a été mouvementée par, après le coup de théâtre de ce dimanche 9 juin, 6 dissolutions de l’Assemblée Nationale au total. Ces dissolutions entraînent ainsi le changement de tous les députés des 577 circonscriptions mais également du gouvernement.
En effet, le Général de Gaulle, après une motion de censure votée par la Gauche socialiste, le MRP (Mouvement Républicain Populaire) et les Indépendants, tous opposés à une révision constitutionnelle, décide de rendre le pouvoir aux Français afin de réaffirmer son pouvoir en tant que Chef de l’Etat. La proclamation de l’article 12 de la Constitution stipulant ce pouvoir exécutif fut un succès : les gaullistes ressortent d’autant plus renforcés au Parlement, ce qui octroie un réel pouvoir législatif à la figure de la Résistance de la Seconde Guerre Mondiale, Charles de Gaulle.
Par ailleurs, la dissolution de 1968 constitue également un tournant historique dans l’histoire de la Ve République. En effet, à la suite des protestations sociales initiées par des étudiants, mais également des agriculteurs, des enseignants et des ouvriers, le pouvoir du Président de Gaulle est affaibli et contesté. La dissolution de l’Assemblée entraîne, encore une fois, un raz-de-marée politique qui se solde par une victoire écrasante de la droite gaulliste, obtenant la majorité absolue.
En outre, au lendemain de son élection présidentielle : le socialiste François Mitterrand dissout l’Assemblée afin d’obtenir un pouvoir au Parlement. En effet, en 1981, les élections législatives n’ont pas lieu la même année que les élections présidentielles : ce qui constitue un danger politique pour le président entrant ; un parti présidentiel possiblement non majoritaire, et donc une Assemblée non-gouvernable. Les Socialistes, après ces élections n’obtiennent cependant qu'une majorité relative à l’Assemblée Nationale. L’année 1986 est alors mouvementée avec la première période de cohabitation : Jacques Chirac, de droite, devient alors Premier Ministre sous les ordres du Président Socialiste. Par la suite, François Mitterrand, réélu, organise à nouveau des élections législatives anticipées en 1988 qui se solde également par une majorité relative, difficile à gouverner. De 1993 à 1995, Edouard Balladur, du parti Les Républicains, est nommé Premier Ministre aux côtés de Mitterrand.
Élu Président en 1995, Jacques Chirac dissout l’Assemblée Nationale à la suite de difficultés économiques en France. Les élections amènent une majorité législative : la “Gauche Plurielle”, composée du PS, du PCF, des Verts, du PRG et de divers gauche. Lionel Jospin est ainsi nommé Premier Ministre, et s’instaure ainsi une cohabitation politique dans la Ve République. La cohabitation a alors duré près de 5 ans.
En 2000, est promulguée la loi instaurant la simultanéité des élections législatives et présidentielles. Ainsi, cette modification entraîne davantage de cohérence dans la paysage politique français : les deux pouvoirs, législatif et exécutif, sont alors en adéquation avec les opinions des citoyens.
Enfin, ce 9 juin au soir, à la suite de la victoire écrasante du Rassemblement National : remportant le double des voix de la majorité présidentielle aux élections européennes, le Président de la République dissout l’Assemblée Nationale à quelques semaines des Jeux Olympiques de Paris 2024. Le Président convoque ainsi les français le 30 juin et le 7 juillet prochains dans les urnes. Véritable coup de théâtre dans le paysage politique, certains cadres les plus hauts placés de la majorité ne semblent pas comprendre la décision, dont l’actuel Premier Ministre et la Présidente de la chambre principale du Parlement, Yael Braun-Pivet.
Du jamais vu. En effet, aucune élection européenne n’a su être un tournant pour la politique française en elle-même. Néanmoins, malgré les conseils avisés des “Mormons”, les proches collaborateurs du Président, E. Macron fit un coup de poker : remettre en cause son propre pouvoir. En effet, après les 31,4% des votes pour les eurodéputés, le RN pourrait arriver en tête des voix aux législatives, ce qui constituerait une première pour la politique française : l’extrême-droite aurait un pouvoir législatif.
En définitive, les nombreuses dissolutions de l’Assemblée Nationale ont su se solder -la plupart de temps- par des majorités présidentielles relatives ou absolues. Cependant, E. Macron, ici, tente le “tout pour le tout” afin de faire parler la démocratie, malgré les crises politiques de ces sept dernières années mettant en cause son pouvoir.
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