La betterave sucrière : un atout pour la France, et l'Aisne
Il y a plus de 200 ans, Napoléon Bonaparte souhaitait l'indépendance de la France en matière de besoins en sucre face au blocus des Anglais. Sa culture s’est alors développée dans les zones septentrionales du Premier Empire. Depuis, la betterave sucrière fait partie intégrante du patrimoine Français, et Nordique. La démographie et l’augmentation de la consommation de sucre entraînent l’essor de l’agriculture betteravière. Celle-ci est à son apogée à la fin du XIXe siècle.
En effet, la France est aujourd’hui le 2e producteur mondial de sucre à partir de betteraves (derrière la Fédération de Russie) sur 109 pays fabricants, et 1er producteur européen. Avec plus de 60 000 emplois, 20 sucrières sont installées à travers les Hauts-De France, le Grand-Est, l’Ile-De-France et le Centre-Val-De-Loire. On estime à 4.34 milliards d’euros le chiffre d'affaires de l’année 2023 que rapporte la sucre tiré de la betterave, avec 4.2 millions d’euros de tonnes de sucre produits en 2023-2024 et plus de 31.5 millions de tonnes de betteraves récoltées.
Par ailleurs, la commercialisation de cet or en sucre demeure une partie importante de la mondialisation entraînant cette richesse économique et culturelle. En effet, 51% du sucre de betterave produit est commercialisé sur le marché international, tandis que 38% sont exportés vers d’autres pays de l’UE et 11% vers des pays tiers.
Ainsi, la betterave en elle-même est indispensable, mais que serait-elle sans les agriculteurs ? En effet, leur rôle est crucial. La betterave sucrière est un légume nécessitant un contrôle constant. La culture du légume prend énormément en compte la qualité du sol, de l’air et de l’eau. L’agriculteur soigne alors son sol tout au long de l'année afin d’obtenir des récoltes optimales.
Durant l’hiver, le professionnel doit réaliser des analyses afin de mesurer la quantité d’azote présente.
Néanmoins, cette culture résiste de moins en moins au changement climatique, obligeant ainsi les agriculteurs à dépendre des produits phytosanitaires dont l'utilisation est contestée. La concurrence déloyale est également un défi à surmonter pour l’agriculture betteravière française. En effet, plus de 29 produits phytosanitaires interdits dans l’UE sont autorisés sur le territoire ukrainien, entraînant ainsi une surproduction par rapport à la France.
En revanche, malgré des défis à surmonter, la branche agricole de la betterave sucrière s’améliore d’année en année. En effet, en 25 ans, la production du légume a émis 40% de moins de gaz à effet de serre. Certains collectif à réduire de 80% l’émission de gaz à effet de serre avant 2050, tel que Culture Sucre. L’industrie sucrière aide également les industries pharmaceutiques et cosmétiques en produisant notamment des agents de textures, des cires à épiler, des crèmes de gommage ainsi que des mousses isolantes.
Par ailleurs, le département de l’Aisne fait partie intégrante de la production de sucre de betterave en France, et dans le monde. Depuis plus d’un siècle, le territoire axonais est le premier national en termes de production de betteraves sucrières. Il est en effet estimé que le département Picard produit 25% du sucre français avec 56 000 ha semés.
Actuellement, seules 2 sucrières sont encore présentes sur le sol axonais Elles appartiennent toutes deux au groupe Tereos, à Bucy-le-Long et Origny-Sainte-Benoîte.
Cependant, les agriculteurs de l’Aisne livrent des betteraves sucrières à 6 autres usines limitrophes au département : Eppeville pour Saint-Louis Sucre, Ste Émilie et Bazancourt pour Cristal Union et Escaudoeuvres, Connantre et Chevrières pour Tereos. De surcroît, outre les agriculteurs, la filière emploie plus de 500 employés.
Néanmoins, l’agriculture est un défi quotidien qui ne fait pas de cadeau à la production de betterave sucrière. D'une part, les produits phytosanitaires sont de plus en plus réglementés, ce qui ne profite pas à la filière. En effet, les néonicotinoïdes ont été interdits par le gouvernement et Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture, au début de l’année 2023; ce qui a contribué à amoindrir la production fertile. Des dérogations à loi de l’UE interdisant l’intrant avaient en effet été faites depuis 2018. Depuis, quatre alternatives aux néonicotinoïdes ont été trouvées.
D’autre part, la désindustrialisation a un rôle à jouer dans les menaces pour les productions de sucre et de betteraves sucrières. En effet, l’Aisne comptait en 1914, 51 usines à travers son territoire contre 2 aujourd’hui. Par ailleurs, en mars 2023, le groupe sucrier Tereos a annoncé la fermeture d’une sucrerie et d’une distillerie dans le cadre de “réorganisations de son activité industrielle en France”. Pour causes : le manque de betteraves sucrières, des rendements trop bas à cause de la jaunisse et des infrastructures trop difficiles à moderniser.
En définitive, l’industrie sucrière est une réelle richesse financière mais aussi culturelle pour la France et l’Aisne qui sont les premiers producteurs dans l’UE. Celle-ci crée des emplois et du patrimoine. Préserver l’industrie sucrière est essentiel pour les producteurs et les consommateurs.
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